Solide comme un chêne, un roc ou une grande statue de Jacques. Le métal se souvient de l’argile, la surface a l’irrégularité de la peau usée par le travail et le temps. Une forme debout, un bloc qui s’ouvre, se déroule et s’éventre, un tronc fracassé par la hache, un scintillement sur l’écorce. Il faut regarder encore. Le masque est lourd, épais, tonitruant. Vient-il de loin, de l’Afrique, du théâtre antique, en serait-il une subtile variation baroque, une réminiscence du fond des âges oubliés ou de nos cauchemars d’enfance ? Les grands bronzes verticaux de Jacques, s’ils s’apparentent aux pierres levées des landes de Bretagne, se révèlent en toute fragilité, comme un instant de sensualité dans l’air du soir, un peu avant la nuit…

Pascal RECHARD

Jacques TENENHAUS

Denis OUDET

Si notre image se reflète dans le passé c’est bien dans le futur qu’elle se projette. Elle se fait alors mouvement. Les figures fléchissent, courbent l’échine, se tordent, s’allongent vers le ciel. Les bronzes de Denis entrent en expansion, prennent de l’élan, traversent l’espace en diagonale. Ils se découpent dans la lumière, dessinent des ombres sur le mur ou sur les panneaux de bois auxquels ils ont été fixés. Les lignes de métal nous invitent à décrypter l’alphabet de l’avenir. Nous n’avons pas le choix si nous voulons voir vraiment, il faudra bien marquer l’arrêt, condition première de la clairvoyance.

Pascal RECHARD

Les sculptures peintes de Jean DESSIRIER ont la légèreté des oiseaux qu’il a découpés sur la tête du Printemps mais quoi qu’on en dise, elles sont cependant un peu intimidantes. Elles vous regardent droit dans les yeux de l’enfant que vous avez été. On n’ose pas trop les changer de place par peur, peut-être, de rompre l’enchantement ou d’interrompre le conteur. Les œuvres de Jean sont de discrètes peintures en volume, elles nous racontent les saisons qui passent, l’isolement d’amoureux qui s’embrassent, l’apparition de sirènes tentatrices mais bienveillantes ici, je crois… Les visages de Jean ont été dessinés par un enfant mais dans leurs yeux l’adulte se rappelle avec mélancolie du temps qui passe et des histoires qu’on lui lisait jadis pour l’apaiser.

Pascal RECHARD

Jean DESSIRIER

Ronit MEIROVITZ

Ronit trace de grands portraits peints avec une franchise déconcertante, qui nous donnent à voir derrière le rideau, l’âme de nos contemporains. Sa performance consiste à concentrer la lumière sur des points essentiels afin d’obtenir les contrastes et les reliefs qui feront rayonner le personnage, lui donnant l’aura et la dimension
d’une idole. Par une touche hachée et tournoyante, elle découpe les traits du portraituré jusqu’à ce que le regard soit l’élément central qui hypnotisera le spectateur. Qui sont ces illustres inconnus ? Madame et Monsieur Tout-le-monde, ceux que nous croisons tous les jours sans les voir et que nous pouvons enfin regarder dans les yeux. Les fenêtres de l'âme, selon certains.

Elie MEIROVITZ